J’ai examiné la Polynésie française pour un client l’année dernière. Il cherchait un territoire français du Pacifique. Moins de surveillance, pensait-il. Résultat ? Des coûts qui m’ont fait lever un sourcil. Pas prohibitifs comme en Europe continentale, mais loin d’être négligeables.
Créer une SARL en Polynésie française, c’est accepter une administration spécifique. Un mélange de cadre français et de réalités ultra-marines. Je vais te montrer les chiffres exacts. Parce que trop de gens se lancent sans savoir ce qu’ils vont vraiment payer.
Le type d’entité : La SARL polynésienne
On parle ici de la Société à Responsabilité Limitée, ou SARL. C’est l’équivalent local de la Limited Liability Company. Structure classique, responsabilité limitée au capital, minimum un associé. Rien de révolutionnaire.
Le capital minimum ? 1 XPF. Oui, tu as bien lu. Un franc pacifique. Symbolique. Mais attention : ce capital doit être entièrement libéré à la création. Pas de versements échelonnés comme ailleurs. Tout, tout de suite.
Ce détail peut sembler anodin. Il ne l’est pas. Si tu prévois de capitaliser ta société à hauteur de 10 millions XPF (environ $83,700), il faut les avoir maintenant, pas dans six mois.
Les frais de création : ce que tu vas débourser au départ
Voici le tableau complet. Je l’ai reconstitué à partir des tarifs officiels 2026 et de mes contacts sur place.
| Poste de dépense | Montant (XPF) |
|---|---|
| Frais d’inscription CCISM (CDFE) | 5 000 F |
| Immatriculation au RCS (Greffe, formulaire M1) | 8 100 F |
| Publication légale au Journal Officiel (JOPF) | 15 000 F |
| Honoraires professionnels (avocat/notaire pour rédaction des statuts) | 150 000 F |
| TOTAL | 178 100 F |
Soit 178 100 XPF (~$1,492). C’est le coût irrécupérable. Sunk cost, comme on dit. Argent dépensé, quoi qu’il arrive.
Décryptage ligne par ligne
La CCISM (Chambre de Commerce, d’Industrie, des Services et des Métiers) gère le Centre de Formalités des Entreprises. Les 5 000 F (~$42) sont la porte d’entrée administrative.
Le Greffe du Tribunal de Commerce (RCS) te facture 8 100 F (~$68) pour t’inscrire au registre. Sans cette inscription, tu n’existes pas légalement. C’est obligatoire.
La publication au JOPF coûte 15 000 F (~$126). Tout le monde doit savoir que ta société existe. Transparence imposée. Tarif fixe pour une annonce standard.
Le gros morceau ? Les honoraires légaux : 150 000 F (~$1,257). Rédiger des statuts conformes en Polynésie française n’est pas une mince affaire. Le droit local emprunte au Code civil français, mais avec des particularités territoriales. Tu peux théoriquement le faire toi-même. Je ne te le conseille pas. Un vice de forme et tu repars pour un tour.
Mon avis ? Ces 150 000 F sont un investissement. Mal rédigés, tes statuts peuvent te bloquer pour des décisions futures : cession de parts, modification de l’objet social, entrée d’un nouvel associé.
Les coûts de maintenance : ce que tu paieras chaque année
Créer, c’est une chose. Maintenir, c’en est une autre.
Voici le détail des charges annuelles récurrentes :
| Charge annuelle | Montant (XPF) |
|---|---|
| Contribution des Patentes (Licence d’exploitation — minimum) | 30 000 F |
| Services de comptabilité et déclarations fiscales obligatoires | 150 000 F |
| Dépôt annuel des comptes sociaux (RCS) | 10 000 F |
| TOTAL MINIMUM | 190 000 F |
Fourchette annuelle : entre 190 000 XPF (~$1,592) et 450 000 XPF (~$3,771). Pourquoi cet écart ?
La Contribution des Patentes : ton impôt d’exploitation
C’est une taxe locale sur l’activité commerciale. Pas sur le bénéfice. Sur le fait d’exercer. Minimum : 30 000 F. Mais le montant réel dépend de ton secteur, de ta surface commerciale, de ton chiffre d’affaires. Une petite SARL de conseil ? Tu restes près du minimum. Un commerce de détail à Papeete ? Ça grimpe vite.
Les barèmes sont publics sur le site de la Direction des Impôts et des Contributions Publiques. Je te conseille de les éplucher avant de choisir ton secteur.
Comptabilité et fiscalité : le poste incontournable
150 000 XPF (~$1,257) par an, c’est le tarif d’entrée pour un expert-comptable. En Polynésie française, tenir une comptabilité conforme n’est pas optionnel. Les déclarations fiscales (IS, TVA si applicable, etc.) sont complexes. Le faire soi-même ? Possible si tu maîtrises le Plan Comptable local et que tu as du temps. Réaliste ? Rarement.
Ce montant couvre généralement :
- La tenue des comptes courants
- Les déclarations fiscales annuelles
- Les comptes annuels
- Un suivi mensuel ou trimestriel
Pour une structure plus complexe (multiples activités, export/import, salariés), ce coût peut facilement doubler.
Dépôt des comptes annuels
10 000 F (~$84) pour déposer tes comptes au Greffe chaque année. C’est obligatoire. Même si tu n’as pas d’activité. Même si tu es en sommeil. Transparence, encore et toujours.
Ce qu’on ne te dit pas : les pièges cachés
Les chiffres ci-dessus sont clairs. Mais il y a des coûts indirects.
Le décalage horaire. Si tu gères ta SARL depuis l’Europe ou l’Amérique du Nord, tu vas souffrir. Les administrations polynésiennes ne répondent pas à 3h du matin, heure locale. Anticipe les délais.
Les formalités bancaires. Ouvrir un compte professionnel en Polynésie française prend du temps. Les banques sont prudentes. Prévois 3 à 6 semaines. Et des justificatifs. Beaucoup de justificatifs.
La TVA. Si ton activité est assujettie (seuil : 5 millions XPF de CA annuel environ, variable selon le secteur), tu devras collecter et reverser la Taxe sur la Valeur Ajoutée locale. Taux standards : 5%, 13%, 16% selon les produits/services. Gestion mensuelle ou trimestrielle. Encore du temps, encore des coûts.
Les charges sociales. Si tu te verses un salaire (gérant assimilé salarié), ou si tu embauches, les cotisations sociales polynésiennes s’appliquent. Ce n’est pas couvert dans mes tableaux ci-dessus. Mais c’est une charge majeure. La Caisse de Prévoyance Sociale (CPS) ne plaisante pas avec les retards de paiement.
Mon verdict pragmatique
La Polynésie française n’est pas un enfer fiscal. Mais ce n’est pas non plus un paradis low-cost.
Créer une SARL pour ~1 500 $ et la maintenir pour ~1 600 à 3 800 $ par an, c’est raisonnable si :
- Tu as une activité locale réelle (tourisme, services, import/export Pacifique)
- Tu acceptes les contraintes administratives françaises (oui, même à 16 000 km de Paris)
- Tu as un expert-comptable fiable sur place
Par contre, si tu cherches uniquement une structure offshore opaque pour optimiser fiscalement sans présence réelle, passe ton chemin. La Polynésie française échange des informations fiscales avec la métropole et participe aux standards OCDE. La discrétion n’est plus ce qu’elle était.
Pour un entrepreneur qui veut s’implanter dans le Pacifique Sud, c’est une option sérieuse. Pour un nomade numérique en quête de paperasse minimale, il y a mieux ailleurs.
Je mets à jour mes données régulièrement. Les tarifs administratifs changent, les barèmes fiscaux aussi. Si tu as des informations plus récentes ou des retours d’expérience concrets, contacte-moi. Et si tu reviens dans quelques mois, cette page aura peut-être évolué.