Entreprise individuelle à Curaçao : aperçu fiscal (2026)

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Dernière vérification manuelle : 06 février 2026 · En savoir plus →

Curaçao, ce petit bout de terre néerlandaise coincé entre les Caraïbes et l’Amérique du Sud, attire surtout les amateurs de plage et de casinos. Mais qu’en est-il si vous voulez simplement y exercer une activité à votre compte, en solo, sans la lourdeur d’une société offshore compliquée ? C’est exactement ce que je vais décortiquer ici.

Parce que oui, Curaçao permet le statut d’entrepreneur individuel. Ils l’appellent « Eenmanszaak » — un mot qui sonne comme un éternuement, je sais. Mais derrière ce terme néerlandais se cache un dispositif fiscal et administratif qui mérite qu’on s’y attarde. Je ne vais pas vous vendre du rêve. Je vais vous donner les chiffres bruts.

Qu’est-ce qu’un « Eenmanszaak » exactement ?

Le « Eenmanszaak » est l’équivalent local de ce qu’on appelle ailleurs une entreprise individuelle ou sole proprietorship. Pas de personnalité juridique distincte. Pas de séparation patrimoniale entre vous et votre activité. C’est vous. Votre nom. Vos revenus. Vos responsabilités.

Simple ?

Oui.

Sans risque ?

Absolument pas.

Sous ce statut, vous êtes personnellement responsable de toutes les dettes professionnelles. Si votre activité périclite ou si vous faites face à un contentieux client, vos biens personnels peuvent être saisis. La simplicité a un prix, et ce prix, c’est l’exposition totale. Je ne peux pas être plus clair.

La réalité fiscale : combien va vous coûter ce statut ?

Parlons chiffres. Parce que c’est là que ça devient concret. Sous le régime « Eenmanszaak », vos bénéfices professionnels sont soumis à l’impôt sur le revenu des personnes physiques, ou « Inkomstenbelasting » en néerlandais. Depuis 2025, le barème est progressif, et il ne fait pas de cadeaux une fois que vous dépassez certains seuils.

Tranche de revenu (ANG) Taux d’imposition
Jusqu’à un certain seuil 9,75 %
Tranches intermédiaires Progressif
Tranche supérieure 46,5 %

Le florin antillais (ANG) est la monnaie locale. Pour vous donner un ordre d’idée, 1 ANG vaut environ 0,56 $ USD (taux indicatif 2026). Donc si vous gagnez 100 000 ANG ($56 000), vous êtes dans les tranches supérieures. Et à ce moment-là, presque la moitié de vos revenus marginaux part directement dans les caisses de l’État.

Mais attendez. On n’en a pas fini.

Les cotisations sociales : le coup de massue silencieux

En plus de l’impôt sur le revenu, vous devez payer vos cotisations sociales. Et là, Curaçao ne plaisante pas. Les trois principales charges sont :

  • AOV/AWW (assurance vieillesse et veuvage) : 16 % de votre revenu, plafonné à 100 000 ANG ($56 000).
  • BVZ (assurance maladie) : 13,6 %, également plafonné.
  • AVBZ (assurance dépendance) : 2 %.

Faites le calcul. Sur 100 000 ANG, vous allez débourser environ 31 600 ANG ($17 696) uniquement en cotisations sociales. C’est presque un tiers de vos revenus qui s’envole avant même que vous ne pensiez à votre impôt sur le revenu.

Et ça, c’est si vous êtes plafonné. Si vous gagnez moins, le pourcentage reste le même, mais au moins vous ne dépassez pas les seuils. Petit réconfort.

La taxe sur le chiffre d’affaires : « Omzetbelasting » (OB)

Autre sujet : la TVA locale, appelée ici « Omzetbelasting » ou OB. Le taux standard est de 6 % sur la plupart des biens et services. C’est relativement bas comparé à l’Europe (où on dépasse souvent 20 %), mais ça reste une charge administrative à gérer.

Vous devez facturer cette taxe à vos clients, la collecter, et la reverser à l’administration fiscale de Curaçao. Si vous vendez des services à l’international, vérifiez bien les règles d’exonération ou d’application. Chaque juridiction a ses subtilités, et Curaçao ne fait pas exception.

Pas de seuil de chiffre d’affaires mentionné dans les données officielles pour bénéficier d’une exemption. Donc si vous facturez, vous collectez l’OB. Point.

Alors, est-ce que ça vaut le coup ?

Tout dépend de votre situation. Si vous êtes résident fiscal à Curaçao, que vous y vivez réellement, et que vous générez des revenus locaux ou internationaux modestes, le statut « Eenmanszaak » peut être une porte d’entrée simple et rapide. Pas de capital social minimum. Pas de comptabilité complexe comme pour une société offshore.

Mais si vos revenus grimpent, vous allez rapidement sentir le poids des tranches progressives et des cotisations sociales cumulées. À 46,5 % d’impôt marginal + 31,6 % de cotisations sociales sur certaines tranches, vous frôlez les 80 % de prélèvements. C’est du niveau des pays scandinaves, sans les services publics qui vont avec.

Et n’oubliez jamais : responsabilité illimitée. Si vous gérez des contrats importants, des clients risqués, ou des activités à fort passif potentiel, vous jouez avec votre patrimoine personnel. Dans ce cas, une structure juridique distincte (BV locale ou offshore) devient rapidement indispensable.

Où trouver les infos officielles ?

Je vous recommande de consulter directement les sources gouvernementales et institutionnelles de Curaçao :

Ces sites sont partiellement en néerlandais et en anglais. Si vous ne maîtrisez ni l’un ni l’autre, faites-vous accompagner par un comptable ou un avocat local. Les erreurs d’interprétation coûtent cher.

Mon avis personnel

Curaçao n’est pas un paradis fiscal pour les entrepreneurs individuels. C’est un territoire qui offre une structure simple, certes, mais qui vous taxe sévèrement dès que vous commencez à gagner correctement votre vie. Le statut « Eenmanszaak » est utile pour tester une activité, pour des freelances occasionnels, ou pour des revenus complémentaires. Mais si vous visez la croissance, l’optimisation fiscale, ou la protection patrimoniale, vous devrez rapidement évoluer vers d’autres structures.

Et surtout, ne vous installez jamais quelque part uniquement pour la fiscalité. Curaçao est une île magnifique, mais elle a ses contraintes : coût de la vie élevé, marché local limité, infrastructures parfois défaillantes. La fiscalité doit être un élément de votre décision, pas le seul.

Je continue de mettre à jour mes analyses sur les juridictions du monde entier. Si vous avez des documents officiels récents ou des retours d’expérience concrets sur l’entrepreneuriat à Curaçao, n’hésitez pas à me contacter ou à revenir consulter cette page. Mes bases de données évoluent en permanence.