La Bulgarie. Membre de l’UE, mais avec une flat tax à 10%. Oui, vous avez bien lu. Pendant que d’autres juridictions européennes s’acharnent à presser leurs travailleurs indépendants jusqu’à la dernière goutte, Sofia a opté pour une approche qui, sur le papier, semble presque raisonnable. Presque.
Je vais vous parler aujourd’hui du statut de Svobodna profesiya (Свободна професия), l’équivalent bulgare du freelance ou travailleur indépendant. Si vous cherchez à opérer en tant que personne physique sans créer de structure juridique complexe, c’est votre porte d’entrée. Mais attention : le diable, comme toujours, se cache dans les détails.
Le statut existe, et il est accessible
Contrairement à certains pays où le freelancing est un parcours du combattant administratif, la Bulgarie reconnaît officiellement le statut d’indépendant. Vous pouvez exercer une activité professionnelle en votre nom propre, facturer vos clients, et déclarer vos revenus sans avoir à constituer une société.
Le terme local est Svobodna profesiya. Littéralement : profession libre.
Pas d’ironie ici. Le terme est honnête. Vous êtes libre… dans les limites que l’État vous impose, évidemment. Mais comparé à d’autres juridictions européennes, ces limites restent supportables. Pour l’instant.
Qui peut devenir freelance en Bulgarie ?
Tout résident bulgare ou étranger disposant d’un numéro d’identification fiscale bulgare (EGN pour les citoyens, LNC pour les étrangers) peut s’enregistrer comme indépendant. Vous devrez vous inscrire auprès de la National Revenue Agency (NAP) et obtenir un numéro BULSTAT si nécessaire, surtout si vous comptez facturer avec TVA.
Pas de capital minimum. Pas de frais d’incorporation exorbitants. Juste de la paperasse — bulgare, certes, mais gérable si vous parlez la langue ou trouvez un comptable local compétent.
La fiscalité : simple en apparence, piégeuse en pratique
Voici comment ça fonctionne.
La Bulgarie applique une flat tax de 10% sur votre revenu imposable. Remarquez bien : imposable, pas brut. C’est là que ça devient intéressant.
L’administration bulgare vous accorde automatiquement une déduction forfaitaire de 25% sur vos revenus bruts, ce qu’elle appelle les « dépenses reconnues ». Vous n’avez pas besoin de justifier ces dépenses. Elles sont présumées. Concrètement, si vous facturez 10 000 BGN (environ 5 110 USD), votre base imposable sera de 7 500 BGN. Vous paierez donc 750 BGN (environ 383 USD) d’impôt sur le revenu.
Cela revient à un taux effectif de 7,5% sur votre chiffre d’affaires total. Plutôt attractif.
Les cotisations sociales : là où ça fait mal
Mais attendez. On n’a pas fini.
En tant qu’indépendant, vous devez cotiser à la sécurité sociale bulgare. Et contrairement à l’impôt sur le revenu, ces cotisations ne sont pas symboliques. Elles oscillent entre 27,8% et 31,3% d’une base mensuelle que vous choisissez vous-même.
Pour 2025 (et probablement 2026, car ces seuils évoluent peu), cette base doit être comprise entre 1 077 BGN (environ 550 USD) et 4 130 BGN (environ 2 110 USD) par mois. Oui, vous choisissez votre assiette de cotisation. Mais attention : cette décision impacte vos droits futurs (retraite, maladie, etc.).
Prenons un exemple concret.
| Base mensuelle choisie (BGN) | Cotisations mensuelles (~29%, BGN) | Cotisations annuelles (BGN) | Équivalent USD (annuel) |
|---|---|---|---|
| 1 077 | 312 | 3 744 | ~$1 915 |
| 2 000 | 580 | 6 960 | ~$3 560 |
| 4 130 | 1 198 | 14 376 | ~$7 350 |
Vous voyez le piège ? Même si vous ne gagnez pas beaucoup, vous devez cotiser au minimum sur la base de 1 077 BGN par mois. Cela représente environ 3 744 BGN (1 915 USD) par an, avant même de payer votre impôt sur le revenu.
Pour un freelance qui débute ou qui a des revenus irréguliers, c’est un coût fixe non négligeable.
La limite de chiffre d’affaires : 100 000 BGN
Petit détail qu’on oublie souvent : si votre chiffre d’affaires annuel dépasse 100 000 BGN (environ 51 100 USD), vous devez obligatoirement vous enregistrer à la TVA. Cela ajoute une couche administrative supplémentaire : déclarations mensuelles ou trimestrielles, tenue de registres plus rigoureux, et l’obligation de facturer 20% de TVA à vos clients bulgares (sauf si vous opérez en B2B intracommunautaire, mais c’est une autre histoire).
En dessous de ce seuil, vous pouvez rester en franchise de TVA. C’est plus simple. C’est aussi plus discret.
Ce qu’on ne vous dit pas toujours
Les cotisations sociales sont obligatoires, même si vous avez déjà une couverture sociale dans un autre pays de l’UE. Oui, même si vous êtes nomade numérique et que vous ne comptez jamais utiliser le système de santé bulgare. L’État ne vous demandera pas votre avis.
Deuxième point : la déduction forfaitaire de 25% est automatique, mais vous pouvez opter pour la déduction des frais réels si vous êtes capable de justifier des dépenses supérieures. En pratique, peu de gens le font. La paperasse bulgare n’est pas votre amie.
Troisième point : si vous êtes non-résident fiscal bulgare mais que vous exercez une activité sur le territoire, vous devrez quand même déclarer vos revenus locaux. La Bulgarie applique le principe de source. Si l’argent est généré ici, il est imposable ici. Évidemment.
Alors, est-ce que ça vaut le coup ?
Ça dépend de votre situation. Si vous êtes déjà résident en Bulgarie, que vous cherchez une fiscalité prévisible et que vous acceptez de cotiser au système social local, le statut de Svobodna profesiya est une option solide. 10% d’impôt sur le revenu, c’est rare en Europe. Même avec les cotisations sociales, vous restez loin des taux confiscatoires qu’on voit ailleurs.
Par contre, si vous êtes nomade fiscal, que vous ne résidez nulle part en particulier et que vous cherchez à minimiser votre charge administrative, la Bulgarie n’est probablement pas votre première option. Les cotisations sociales obligatoires cassent une partie de l’attrait fiscal.
Et si vous dépassez les 100 000 BGN annuels, il devient souvent plus intéressant de basculer vers une structure type EOOD (équivalent de la SARL) pour optimiser davantage. Mais c’est un autre sujet.
Ma recommandation
La Bulgarie ne ment pas sur son offre. Le statut existe, il est fonctionnel, et la fiscalité reste compétitive. Mais il faut accepter les contreparties : cotisations sociales obligatoires, plafond de CA avant TVA, et une administration qui parle bulgare avant tout.
Si vous envisagez sérieusement de vous installer en Bulgarie comme freelance, prenez le temps de calculer votre charge totale (impôt + cotisations) en fonction de vos revenus réels. Ne vous arrêtez pas au chiffre magique de 10%. Ce n’est qu’une partie de l’équation.
Et comme toujours : trouvez un comptable local compétent. Vous en aurez besoin.