Le Cap-Vert. Un archipel atlantique qui attire de plus en plus d’entrepreneurs à la recherche d’une fiscalité praticable et d’un climat des affaires moins oppressant que dans beaucoup de juridictions européennes ou africaines. Si vous envisagez d’y opérer en solo, sans créer de structure sociétaire complexe, vous avez de la chance : le statut d’entrepreneur individuel existe bel et bien.
Je vais vous expliquer comment fonctionne le régime spécial dédié aux micro et petites entreprises, ce qu’il coûte réellement, et ce que vous devez absolument savoir avant de vous lancer.
Le statut : Empresário em Nome Individual sous le REMPE
Au Cap-Vert, le statut officiel pour exercer en tant qu’entrepreneur individuel s’appelle Empresário em Nome Individual. En pratique, si votre chiffre d’affaires reste modeste, vous serez placé sous le REMPE — le Regime Especial das Micro e Pequenas Empresas. C’est le régime spécial pour les micro et petites entreprises.
Pourquoi est-ce intéressant ?
Parce qu’il simplifie radicalement la fiscalité. Beaucoup de pays prétendent simplifier, mais ajoutent des couches de bureaucratie. Ici, le REMPE remplace plusieurs impôts par un seul prélèvement forfaitaire. Oui, vous avez bien lu : un seul impôt.
La fiscalité du REMPE : un taux unique de 4 %
Sous ce régime, vous payez un Impôt Spécial Unifié (TEU) de 4 % calculé sur votre chiffre d’affaires brut trimestriel. Pas sur le bénéfice. Sur le chiffre d’affaires. C’est crucial à comprendre.
Ce TEU de 4 % remplace trois charges distinctes :
- L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IUR)
- La TVA
- Les frais municipaux liés aux sapeurs-pompiers
Concrètement, si vous facturez 500 000 CVE (~4 540 $) sur un trimestre, vous devrez payer 20 000 CVE (~181 $) au titre du TEU. Point final. Pas de régularisation annuelle complexe, pas de déduction de frais à justifier ad nauseam. C’est un flat tax sur le CA.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom du régime | REMPE (Regime Especial das Micro e Pequenas Empresas) |
| Statut juridique | Empresário em Nome Individual |
| Taux d’imposition | 4 % du CA brut trimestriel |
| Plafond de CA annuel | 5 000 000 CVE (~45 400 $) |
| Impôts remplacés | IUR, TVA, taxes municipales incendie |
| Périodicité du paiement | Trimestrielle |
Le plafond : 5 000 000 CVE de chiffre d’affaires annuel
Vous pouvez bénéficier du REMPE tant que votre chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 5 000 000 CVE, soit environ 45 400 $ (taux indicatif 2026). Au-delà, vous sortez du régime simplifié et basculez dans le régime général, avec une fiscalité plus classique (et plus lourde).
C’est un seuil relativement bas, surtout si vous opérez dans des secteurs à forte rotation de stock ou avec des marges faibles. Mais pour un consultant, un freelance, un développeur, un traducteur ou un designer, c’est largement suffisant pour démarrer ou tester un marché.
Attention : si vous dépassez ce plafond en cours d’année, vous devrez migrer vers le régime général. La transition n’est pas toujours fluide administrativement. Anticipez.
Les cotisations sociales : 11 % obligatoires à l’INPS
Le TEU de 4 % est séduisant, mais il ne couvre pas la sécurité sociale. Vous devez vous affilier à l’INPS (Instituto Nacional de Previdência Social) en tant que travailleur indépendant.
Le taux de cotisation pour les indépendants est typiquement de 11 % d’une base de rémunération conventionnelle. Cette base n’est pas nécessairement votre CA réel, mais un montant fixé par l’INPS ou déclaré par vous dans certaines limites. En clair : vous payez 11 % d’un montant théorique mensuel.
Cette cotisation donne accès à certaines prestations : retraite, maladie, maternité, invalidité. Le système capverdien n’est pas généreux, mais il existe. Pour quelqu’un venant d’Europe ou d’Amérique du Nord, le niveau de protection sociale paraîtra rudimentaire. Mais c’est le prix de la simplicité fiscale.
Exemple chiffré complet
Imaginons que vous êtes graphiste freelance basé au Cap-Vert. Votre CA annuel est de 4 000 000 CVE (~36 320 $).
- TEU annuel : 4 % × 4 000 000 CVE = 160 000 CVE (~1 453 $)
- Cotisations INPS : 11 % × base conventionnelle (supposons 30 000 CVE/mois, soit 360 000 CVE/an) = 39 600 CVE (~360 $)
- Total des charges fiscales et sociales : ~199 600 CVE (~1 813 $)
Votre taux de prélèvement global effectif est donc d’environ 5 % du CA. C’est difficile de faire mieux en 2026, à moins de vivre dans un paradis fiscal pur et dur avec zéro infrastructure publique.
Les démarches : Casa do Cidadão et DNRE
Pour vous enregistrer en tant qu’Empresário em Nome Individual sous le REMPE, vous devrez passer par la Casa do Cidadão, le guichet unique administratif capverdien. C’est l’équivalent local du one-stop-shop.
Vous aurez besoin de :
- Votre carte d’identité ou passeport
- Un justificatif de résidence
- Une déclaration d’activité
Ensuite, vous serez inscrit auprès de la DNRE (Direction Nationale des Recettes de l’État) et recevrez votre numéro fiscal (NIF). L’INPS vous contactera (ou vous devrez les contacter) pour régulariser votre affiliation sociale.
Le processus prend généralement quelques jours à quelques semaines, selon l’île où vous vous trouvez. Praia et Mindelo sont les plus rodés. Les îles secondaires peuvent être plus lentes.
Les pièges à éviter
Comme toujours, le diable se cache dans les détails.
Piège n°1 : Confusion entre CA et bénéfice. Le TEU de 4 % s’applique au chiffre d’affaires brut. Si vos marges sont faibles (par exemple, vous revendez des biens avec 10 % de marge), vous payez quand même 4 % du CA total. Faites vos calculs avant.
Piège n°2 : Dépassement du plafond. Si vous dépassez les 5 000 000 CVE, vous quittez le REMPE. Le régime général est bien plus contraignant : comptabilité complète, TVA à 15 %, imposition progressive sur le bénéfice. Surveillez votre CA trimestriel de près.
Piège n°3 : Oubli de l’INPS. Certains entrepreneurs pensent pouvoir ignorer la sécurité sociale. Mauvaise idée. L’INPS peut vous réclamer des arriérés avec pénalités, et vous risquez de bloquer votre NIF si vous êtes en défaut.
Piège n°4 : Présomption de résidence fiscale. Si vous êtes enregistré comme entrepreneur individuel au Cap-Vert, les autorités fiscales capverdiennes peuvent considérer que vous êtes résident fiscal, même si vous passez peu de temps sur place. Cela peut créer des conflits avec votre pays d’origine. Vérifiez les conventions fiscales.
Pourquoi ce régime peut être stratégique
Le REMPE n’est pas une optimisation fiscale agressive. C’est un régime pragmatique, pensé pour encourager les TPE locales. Mais pour un nomade digital, un freelance international ou un entrepreneur testant un marché africain, il présente des avantages réels :
- Simplicité administrative. Un seul impôt trimestriel, pas de TVA à gérer.
- Charge fiscale prévisible. Pas de surprise en fin d’année.
- Accès à la CEDEAO et aux accords commerciaux africains. Le Cap-Vert est membre de la CEDEAO et signataire de plusieurs accords régionaux.
- Environnement stable. Le Cap-Vert est l’un des pays les plus stables politiquement en Afrique de l’Ouest.
Par contre, ce n’est pas une juridiction offshore classique. Vous aurez des obligations locales réelles. Ce n’est pas une coquille vide comme certaines structures dans les Caraïbes ou en Europe de l’Est.
Ce que je ferais à votre place
Si vous envisagez sérieusement le Cap-Vert, voici mon conseil pragmatique :
Étape 1 : Calculez votre CA prévisionnel annuel. Si vous êtes sous 5 000 000 CVE (~45 400 $), le REMPE est pertinent. Au-delà, regardez d’autres options (société à responsabilité limitée locale, ou autre juridiction).
Étape 2 : Simulez votre charge fiscale totale (TEU + INPS). Comparez avec votre situation actuelle. Incluez les coûts de vie, de déplacement, de comptabilité.
Étape 3 : Vérifiez la convention fiscale entre le Cap-Vert et votre pays de passeport ou de résidence actuelle. Assurez-vous de ne pas créer de double imposition involontaire.
Étape 4 : Passez quelques semaines au Cap-Vert avant de vous enregistrer. Testez la connectivité internet (essentielle pour les nomades digitaux), les infrastructures bancaires (limitées), et l’ambiance générale. Sal, Boa Vista, São Vicente et Santiago ont des profils très différents.
Étape 5 : Trouvez un comptable local ou un despachante (intermédiaire administratif) pour gérer les déclarations trimestrielles et l’interface avec la DNRE et l’INPS. Ça coûte quelques dizaines de milliers d’escudos par trimestre, mais ça évite les erreurs coûteuses.
Le Cap-Vert n’est pas parfait. L’administration peut être lente. Les infrastructures ne sont pas au niveau européen. Mais pour un entrepreneur individuel cherchant une base fiscale simple, stable et relativement abordable en zone atlantique, le REMPE mérite attention. Faites vos calculs. Soyez réaliste. Et surtout, ne croyez jamais aveuglément ce que vous lisez en ligne — y compris ce que je viens d’écrire. Vérifiez toujours avec les sources officielles (DNRE, Casa do Cidadão) et un professionnel local avant de prendre une décision définitive.