Les Bermudes. Un archipel qui évoque immédiatement l’image d’une juridiction offshore élégante, de trusts opaques et de sociétés exemptées. Mais qu’en est-il des travailleurs indépendants, des freelances qui cherchent à opérer sous leur propre nom, sans la lourdeur d’une société ? Si vous envisagez de vous installer aux Bermudes en tant qu’indépendant, il existe bel et bien un statut de Sole Proprietorship (ou Sole Trader, selon la terminologie employée localement). Je vais vous expliquer comment cela fonctionne réellement.
Pourquoi les Bermudes pour un indépendant ?
D’abord, posons les bases. Les Bermudes n’imposent aucun impôt sur le revenu des personnes physiques. Zéro.
Vous avez bien lu. Pas d’impôt sur le revenu. C’est une donnée qui attire immédiatement l’attention de quiconque a subi des décennies de prélèvements à la source, de déclarations complexes et de taux marginaux d’imposition confiscatoires. Mais attention : l’absence d’impôt sur le revenu ne signifie pas l’absence de charges. L’État bermudien finance ses services publics autrement, notamment par des taxes indirectes et des contributions obligatoires. En tant que Sole Proprietor, vous devrez composer avec deux prélèvements principaux : la Payroll Tax (taxe sur la masse salariale) et la Social Insurance (assurance sociale).
Le statut de Sole Proprietorship : définition et disponibilité
Le statut existe. Vous pouvez parfaitement exercer une activité aux Bermudes en votre nom propre, sans créer de structure juridique distincte. C’est le choix le plus simple pour un freelance, un consultant, un artisan ou tout professionnel qui débute.
Le processus d’enregistrement est relativement fluide. Vous devez vous enregistrer auprès des autorités locales, obtenir un numéro fiscal et respecter les obligations sociales et fiscales applicables. Les Bermudes ne sont pas une juridiction où vous pouvez simplement disparaître dans la nature : l’administration attend de vous que vous respectiez les règles, même minimalistes.
Un point crucial : il existe une limite de chiffre d’affaires au-delà de laquelle les règles peuvent changer ou nécessiter une structure plus formelle. Cette limite est fixée à 1 000 000 BMD (environ 1 000 000 $, le dollar bermudien étant à parité avec le dollar américain). En dessous, vous restez dans le cadre classique du Sole Trader. Au-delà, il est fortement conseillé de réévaluer votre structure.
Les charges obligatoires : ce que vous allez réellement payer
Parlons chiffres. Parce que c’est ce qui compte.
La Payroll Tax
La Payroll Tax est divisée en deux composantes : une part employeur et une part employé. En tant que Sole Proprietor, vous êtes à la fois l’un et l’autre. Vous devez donc payer les deux.
Part Employeur : Si votre masse salariale annuelle (c’est-à-dire vos revenus bruts) est inférieure à 200 000 BMD (environ 200 000 $), vous payez 1,0 %. C’est une niche pour les petites structures.
Part Employé : La structure est progressive. Voici le barème :
| Tranche de revenus annuels (BMD) | Taux applicable |
|---|---|
| 0 – 48 000 BMD | 0,5 % |
| 48 001 – 96 000 BMD | 9,25 % |
| Au-delà de 96 000 BMD | Jusqu’à 12,5 % |
Concrètement, si vous générez 50 000 BMD (environ 50 000 $) de revenus annuels, vous paierez :
- 1,0 % de part employeur = 500 BMD (environ 500 $)
- 0,5 % sur les premiers 48 000 BMD = 240 BMD (environ 240 $)
- 9,25 % sur les 2 000 BMD restants = 185 BMD (environ 185 $)
Total : environ 925 BMD (environ 925 $) de Payroll Tax. C’est moins de 2 % de vos revenus bruts. Pas de quoi pleurer, surtout comparé aux taux marginaux que vous connaissez peut-être ailleurs.
La Social Insurance
La Social Insurance est une contribution hebdomadaire fixe. En 2026, elle s’élève à 71,84 BMD par semaine (environ 71,84 $), mais elle a été augmentée à 75,30 BMD par semaine (environ 75,30 $) en août 2025. Vous devez payer cette cotisation en totalité, car vous êtes considéré comme votre propre employeur.
Sur une année (52 semaines), cela représente environ 3 916 BMD (environ 3 916 $) en 2026. C’est un montant fixe, indépendant de vos revenus. Que vous gagniez 20 000 BMD ou 200 000 BMD, vous payez la même somme.
Ce système est clairement régressif. Il pèse plus lourd sur les petits revenus que sur les gros. Mais c’est le prix à payer pour accéder à un système de protection sociale minimal (santé, retraite) aux Bermudes.
La réalité administrative : ce que l’on ne vous dit pas toujours
Les Bermudes sont une juridiction stricte en matière de résidence et de permis de travail. Si vous n’êtes pas Bermudien de naissance ou titulaire d’un statut de résident permanent, vous devez obtenir une autorisation de travail pour exercer en tant que Sole Proprietor. Ce n’est pas négociable.
L’obtention d’un permis de travail indépendant (self-employment permit) peut prendre plusieurs mois et nécessite de démontrer que votre activité ne concurrence pas directement les travailleurs locaux. Les autorités bermudéennes protègent farouchement leur marché du travail. Si vous êtes étranger, préparez-vous à justifier en détail votre projet et à payer des frais substantiels.
Autre point : les Bermudes sont un territoire extrêmement cher. Le coût de la vie y est parmi les plus élevés au monde. Loyer, alimentation, transports : tout est hors de prix. Votre activité doit générer des revenus suffisants pour couvrir ces dépenses, sinon l’aventure tourne court.
Les pièges à éviter
Premier piège : oublier de déclarer vos revenus. Même sans impôt sur le revenu, vous devez tenir une comptabilité précise et déclarer vos revenus pour calculer la Payroll Tax.
Deuxième piège : négliger la Social Insurance. Ne pas payer vos cotisations vous expose à des pénalités et, plus grave, à une perte de couverture sociale. Si vous tombez malade ou si vous devez accéder aux services de santé locaux, vous serez dans une situation compliquée.
Troisième piège : sous-estimer la complexité administrative. Les Bermudes sont une juridiction britannique d’outre-mer, avec une administration tatillonne et des procédures strictes. Ne partez pas du principe que « c’est un paradis fiscal, donc c’est le Far West ». C’est faux.
Mon verdict
Le statut de Sole Proprietorship aux Bermudes est une option intéressante pour les indépendants à revenus moyens à élevés, capables de supporter un coût de la vie exorbitant et désireux d’éviter l’impôt sur le revenu. Les charges sociales et fiscales sont globalement raisonnables (entre 2 % et 15 % de vos revenus selon votre tranche), mais le coût d’entrée (permis de travail, visa, installation) est élevé.
Ce n’est pas une solution pour tout le monde. Si vous êtes freelance digital nomade avec des revenus modestes, les Bermudes ne sont probablement pas le bon choix. En revanche, si vous êtes consultant dans la finance, l’assurance ou les services professionnels avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 100 000 $, le calcul devient intéressant.
Une dernière chose : je continue d’auditer ces juridictions et de mettre à jour ma base de données régulièrement. Si vous détenez des documents officiels récents sur le statut de Sole Proprietor aux Bermudes, ou si vous avez des expériences concrètes à partager, n’hésitez pas à m’envoyer un email ou à consulter cette page ultérieurement. Les règles changent, les seuils évoluent, et l’information doit rester à jour.
Les Bermudes ne sont pas un eldorado pour indépendants. Mais pour certains profils, c’est une option qui mérite d’être sérieusement considérée.