Le Chili, coincé entre le Pacifique et la Cordillère des Andes, reste l’une des économies les plus stables d’Amérique latine. Mais stabilité ne veut pas dire légèreté fiscale. Si vous envisagez d’y opérer en solo, il faut comprendre comment fonctionne le statut d’entrepreneur individuel local. Pas de mystère : oui, c’est possible. Mais comme partout, le diable se cache dans les détails.
Je vais vous décomposer le fonctionnement de la Persona Natural con Inicio de Actividades, l’équivalent chilien de l’entreprise individuelle ou du micro-entrepreneur. On parle ici du statut le plus simple pour qui veut facturer légalement sans créer de structure juridique séparée.
Qu’est-ce que la Persona Natural con Inicio de Actividades ?
En espagnol, ça sonne bureaucratique. En clair : vous êtes une personne physique qui démarre une activité économique. Pas de société. Vous êtes le business. L’administration fiscale chilienne, le SII (Servicio de Impuestos Internos), vous identifie avec votre RUT personnel. Vous facturez. Vous payez vos impôts. Simple sur le papier.
Ce statut s’adresse aux freelances, consultants, petits commerçants, artisans. Bref, à tous ceux qui veulent tester une activité sans créer une SpA ou une société de capitaux. La procédure d’enregistrement (Inicio de Actividades) se fait en ligne via le portail du SII. Rapide. Gratuit. Efficace, tant que vous comprenez l’espagnol ou avez un gestor local.
Le régime fiscal : Pro-Pyme Transparente, l’option privilégiée
Ici, ça devient intéressant.
Le Chili propose plusieurs régimes fiscaux, mais pour un entrepreneur individuel en 2026, le régime Pro-Pyme Transparente est celui qui fait le plus de sens pour les petites structures. Pourquoi ? Parce qu’il simplifie radicalement votre exposition fiscale.
Voici comment ça fonctionne :
- Vous êtes exempté de l’impôt sur les sociétés (IDPC, Impuesto de Primera Categoría). Oui, vous avez bien lu. Zéro impôt au niveau de l’activité elle-même.
- Vous payez uniquement l’impôt sur le revenu des personnes physiques (Impuesto Global Complementario), qui est progressif. Les taux vont de 0 % à 45 % selon vos tranches de revenus.
- Vous collectez la TVA chilienne (IVA) à 19 % sur vos ventes, comme tout prestataire ou commerçant.
Ce système évite la double imposition classique (société + dividendes) et allège la paperasse. Parfait pour qui débute ou opère en dessous d’un certain seuil.
Le plafond de chiffre d’affaires : 2,76 milliards CLP
Attention. Le régime Pro-Pyme Transparente n’est pas ouvert à tout le monde indéfiniment.
Vous devez respecter un plafond de chiffre d’affaires annuel : 2 760 000 000 CLP (environ 2,9 millions USD en 2026, selon les taux de change actuels). Au-delà, vous basculez automatiquement dans un autre régime fiscal, plus lourd, où l’IDPC s’applique.
Franchement, pour un freelance ou une petite boutique, ce plafond est confortable. Mais si vous visez une croissance agressive, vous devrez anticiper ce basculement et éventuellement passer en société pour optimiser votre structure.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom local du statut | Persona Natural con Inicio de Actividades |
| Régime fiscal recommandé | Pro-Pyme Transparente |
| TVA (IVA) | 19% |
| Impôt sur les sociétés (IDPC) | 0% (exempté sous Pro-Pyme Transparente) |
| Impôt sur le revenu (Global Complementario) | 0% à 45% (progressif) |
| Plafond de CA annuel (CLP) | 2 760 000 000 CLP (~2,9 M USD) |
Cotisations sociales : le piège caché
Parlons de ce que personne n’aime : les charges sociales.
Au Chili, les travailleurs indépendants sont obligés de cotiser au système de sécurité sociale. Ce n’est plus optionnel depuis quelques années. Le montant représente environ 18,5 % de votre revenu imposable, répartis ainsi :
- Santé (Salud) : ~7 %
- Retraite (Pensión AFP) : ~10 % + commission variable de l’AFP (fonds de pension privé)
- Invalidité et accidents (Seguro de Invalidez y Sobrevivencia) : ~1,5 à 2 %
Oui, ça pèse. Beaucoup. Surtout si vous démarrez et que vos revenus sont irréguliers. Mais le système chilien fonctionne par cotisations déclarées trimestriellement, avec un calcul basé sur votre revenu réel. Vous ne payez pas sur un forfait arbitraire comme dans certains pays européens.
Mon conseil : intégrez ces 18,5 % dans vos projections dès le début. Trop d’entrepreneurs se concentrent sur l’impôt sur le revenu et oublient les cotisations. Grosse erreur.
Avantages du statut
Pourquoi opter pour ce statut au Chili ?
1. Rapidité de création. Vous pouvez être opérationnel en quelques jours. Pas de capital social, pas de statuts complexes à rédiger.
2. Coûts de création quasi nuls. Contrairement à une SAS française ou une LLC américaine, vous ne déboursez rien (ou presque) pour démarrer.
3. Transparence fiscale. Avec le régime Pro-Pyme Transparente, vous évitez la double imposition. Vous payez une fois, sur votre revenu réel.
4. Flexibilité. Vous pouvez changer de régime ou passer en société plus tard si votre activité décolle.
Inconvénients et risques
Soyons clairs. Ce statut a ses limites.
Responsabilité illimitée. Vous êtes personnellement responsable des dettes de votre activité. Pas de séparation patrimoniale. Si ça tourne mal, vos actifs personnels sont en jeu. Pour des activités à risque ou intensives en capital, une société est plus prudente.
Crédibilité limitée. Certains clients, surtout les grandes entreprises ou multinationales, préfèrent traiter avec des sociétés plutôt qu’avec des personnes physiques. Question d’image et de conformité interne.
Charges sociales obligatoires. Comme mentionné, 18,5 % de cotisations, c’est lourd. Pas d’échappatoire légale.
Plafond de CA. Si vous dépassez les 2,76 milliards CLP, vous basculez dans un régime moins avantageux. Anticipez.
Démarches pratiques
Pour vous enregistrer comme Persona Natural, voici les étapes :
- Obtenir votre RUT (Rol Único Tributario), si vous n’en avez pas déjà un en tant que résident chilien.
- Vous connecter au portail en ligne du SII (Servicio de Impuestos Internos) et remplir le formulaire d’Inicio de Actividades.
- Déclarer votre activité principale (code APE local).
- Choisir votre régime fiscal (Pro-Pyme Transparente si vous êtes éligible).
- Obtenir votre autorisation de facturation électronique (obligatoire au Chili).
Le site officiel du SII est accessible sur le domaine gouvernemental chilien. Tout est dématérialisé. Aucun papier, aucune file d’attente.
Si vous ne parlez pas espagnol couramment, je recommande fortement de vous faire accompagner par un comptable local (contador) ou un avocat fiscaliste. Ça coûte quelques dizaines de milliers de pesos, mais ça évite les erreurs.
Pour qui ce statut est-il adapté ?
Ce statut convient parfaitement aux :
- Freelances et consultants : développeurs, designers, rédacteurs, traducteurs, etc.
- Prestataires de services : coaches, formateurs, professionnels du marketing digital.
- Petits commerçants : boutiques en ligne, vendeurs sur marketplaces locales.
- Artisans et créateurs : photographes, artistes, artisans.
En revanche, si vous prévoyez d’embaucher rapidement, de lever des fonds, ou de développer une activité à forte intensité capitalistique, une SpA (Sociedad por Acciones) sera plus adaptée.
Mon avis personnel
Le Chili n’est pas un paradis fiscal. Loin de là. Mais il offre un cadre clair, stable, et relativement prévisible pour les entrepreneurs individuels. Le régime Pro-Pyme Transparente est bien pensé pour les petites structures : pas d’impôt sur les sociétés, un barème progressif sur le revenu, et un plafond de CA suffisamment élevé pour vous laisser respirer.
Les charges sociales sont lourdes, certes. Mais elles financent un système de santé et de retraite qui, même s’il est imparfait, existe. Dans beaucoup de pays d’Amérique latine, vous êtes livré à vous-même.
Si vous êtes nomade digital, résident chilien, ou simplement attiré par ce marché, ce statut est un excellent point de départ. Vous pouvez tester votre activité, facturer proprement, et évoluer vers une structure plus complexe si nécessaire.
Mais ne négligez jamais les cotisations sociales. Elles sont obligatoires. Elles sont contrôlées. Et l’administration chilienne, contrairement à certains voisins, a les moyens et la volonté de vous rattraper si vous jouez avec le feu.
Gardez une comptabilité rigoureuse, facturez électroniquement, et respectez vos déclarations trimestrielles. Le Chili récompense la discipline et sanctionne le laxisme. À vous de jouer.