Le Nicaragua. Un pays d’Amérique centrale que peu de gens considèrent comme une destination d’affaires. Pourtant, si vous envisagez d’y établir une structure corporative, vous devez comprendre comment fonctionne l’impôt sur les sociétés. Je ne vais pas vous mentir : le Nicaragua n’est pas un paradis fiscal. Loin de là.
Mais si vous devez y être présent, pour des raisons opérationnelles ou stratégiques, autant savoir exactement ce qui vous attend. Parce que les mauvaises surprises fiscales, c’est ce que je cherche à vous éviter.
Le taux nominal : 30% sans fioritures
L’impôt sur les sociétés au Nicaragua est fixé à un taux plat de 30%. Simple.
Pas de tranches progressives. Pas de régime préférentiel pour les PME. Pas de taux réduit pour les premières années. Vous gagnez de l’argent avec votre entreprise ? L’État prend 30% du bénéfice net imposable. C’est direct, c’est brutal, c’est le Nicaragua.
Ce taux s’applique à toutes les sociétés résidentes fiscales du pays, qu’elles soient locales ou étrangères. Si vous générez des revenus de source nicaraguayenne, vous êtes dans le radar de la Direction Générale des Revenus (DGI).
| Type d’impôt | Taux (NIO) | Base d’imposition |
|---|---|---|
| Impôt sur les sociétés | 30% | Bénéfice net imposable |
Pour contextualiser : 30%, c’est relativement élevé par rapport à d’autres juridictions d’Amérique latine. Le Panama, par exemple, applique 25%. Le Paraguay se limite à 10% sous certaines conditions. Mais le Nicaragua n’est pas là pour séduire les optimisateurs fiscaux. Il a besoin de revenus.
L’impôt minimum : le piège silencieux
Voici où ça devient intéressant. Et par « intéressant », je veux dire « problématique ».
Le Nicaragua applique un système d’impôt minimum alternatif (IMT, Impuesto Mínimo de Tributación). En gros, l’administration fiscale a compris que certaines entreprises manipulent leurs charges pour réduire artificiellement leur bénéfice net. Alors elle a instauré un plancher.
Si votre impôt calculé sur le bénéfice net (30%) est inférieur à un certain pourcentage de votre revenu brut, vous devez payer l’impôt minimum. Ce pourcentage varie selon votre secteur d’activité.
Trois taux d’impôt minimum
Les données officielles que j’ai analysées montrent trois seuils possibles d’impôt minimum :
| Taux minimum (NIO) | Condition d’application |
|---|---|
| 1% | Si 1% du revenu brut dépasse 30% du bénéfice net imposable |
| 2% | Si 2% du revenu brut dépasse 30% du bénéfice net imposable |
| 3% | Si 3% du revenu brut dépasse 30% du bénéfice net imposable |
Concrètement, cela signifie que même si vous opérez à perte ou avec une marge très faible, vous devrez payer un impôt basé sur votre chiffre d’affaires. Pas sur votre profit. Sur vos revenus bruts.
Imaginez que vous dirigez une entreprise de négoce avec des marges serrées. Vous facturez 1 million de córdobas (environ 27 000 $). Vos coûts sont de 950 000 córdobas. Votre bénéfice net : 50 000 córdobas (environ 1 350 $). L’impôt normal serait de 15 000 córdobas (30% de 50 000).
Mais si votre activité est soumise au taux minimum de 3%, l’impôt minimum serait de 30 000 córdobas (3% de 1 million). Vous devez donc payer 30 000 córdobas, soit le double de ce que vous auriez payé avec le taux standard. Et c’est basé sur le revenu brut, pas le profit.
C’est un système qui pénalise les marges faibles.
À qui s’applique quel taux minimum ?
Le problème avec les données disponibles, c’est qu’elles ne précisent pas exactement quels secteurs d’activité sont soumis au taux de 1%, 2% ou 3%. L’administration nicaraguayenne n’est pas réputée pour sa transparence totale.
D’après ce que j’ai pu constater en consultant différentes sources, les secteurs à faible marge (commerce de détail, import-export, etc.) se voient généralement appliquer le taux de 1%. Les secteurs plus lucratifs ou jugés « à risque » d’évasion (services, consulting) peuvent se voir appliquer 2% ou 3%.
Mais je dois être honnête avec vous : je n’ai pas trouvé de liste officielle exhaustive et à jour pour 2026. Si vous avez accès à une circulaire de la DGI qui détaille cette classification sectorielle, envoyez-la-moi. Je mets à jour ma base de données régulièrement, et cette page reflétera les informations les plus récentes.
Quelques nuances à connaître
Le système fiscal nicaraguayén a quelques particularités.
Année fiscale : Elle correspond à l’année civile. Vous devez déposer votre déclaration annuelle avant la fin février de l’année suivante.
Paiements anticipés : Comme dans la plupart des juridictions sérieuses, vous devez effectuer des acomptes mensuels basés sur l’impôt de l’année précédente ou sur une estimation. Si vous sous-estimez, attendez-vous à des pénalités.
Retenue à la source : Le Nicaragua applique des retenues à la source sur de nombreux paiements, notamment les dividendes, les intérêts, les redevances et les services. Si vous payez une entreprise étrangère, vous pourriez être responsable de retenir et verser l’impôt correspondant.
Exonérations : Certaines zones franches et activités d’exportation bénéficient d’exonérations partielles ou totales. C’est l’un des rares leviers d’optimisation disponibles. Mais ne comptez pas dessus si vous opérez dans le secteur domestique.
Mon verdict : pesez bien vos options
Le Nicaragua n’est pas une juridiction que je recommanderais pour une optimisation fiscale pure. Avec un taux de 30% et un impôt minimum basé sur le revenu brut, vous n’avez pas beaucoup de marge de manœuvre.
Si vous devez absolument être présent au Nicaragua pour des raisons opérationnelles (usine, exploitation agricole, clientèle locale), alors vous devez intégrer cette charge fiscale dans votre modèle économique. Assurez-vous que vos marges sont suffisamment élevées pour absorber les 30%, et surtout, anticipez le piège de l’impôt minimum.
Pour ceux qui cherchent une structure offshore ou une holding fiscalement avantageuse, regardez ailleurs. Le Panama, le Belize, voire certaines juridictions caribéennes offrent des régimes bien plus attractifs. Le Nicaragua, c’est pour ceux qui y ont une raison stratégique d’être, pas pour ceux qui veulent réduire leur facture fiscale.
Si vous explorez l’Amérique centrale, faites vos calculs. Comparez les charges totales. Et surtout, ne vous fiez jamais uniquement aux promesses d’un avocat local ou d’un promoteur immobilier. Vérifiez les textes officiels. Consultez le site de la Direction Générale des Revenus si nécessaire.
Parce qu’au final, c’est votre argent. Et personne d’autre ne se souciera autant que vous de le protéger.