Impôt sur les sociétés en Mauritanie : guide complet (2026)

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Dernière vérification manuelle : 05 février 2026 · En savoir plus →

La Mauritanie n’est pas exactement le premier pays qui vient à l’esprit quand on parle d’optimisation fiscale. Pourtant, comprendre son régime d’imposition des sociétés est essentiel si vous envisagez d’opérer dans cette juridiction – que ce soit pour exploiter des ressources naturelles, participer à des projets infrastructurels ou simplement diversifier vos activités en Afrique de l’Ouest.

Je vais être direct. La Mauritanie n’est pas un paradis fiscal.

Le taux d’imposition standard est de 25% sur les bénéfices nets imposables. C’est un taux forfaitaire. Pas de progressivité, pas de brackets compliqués. Vous calculez votre profit net, vous appliquez 25%, vous payez. Simple en apparence.

Le mécanisme de base : 25% sur quoi exactement ?

L’impôt sur les sociétés mauritanien s’applique aux bénéfices réalisés par les entreprises résidentes et les succursales de sociétés étrangères opérant sur le territoire. La base d’imposition est le résultat net comptable après ajustements fiscaux. Les autorités mauritaniennes ne sont pas connues pour leur souplesse administrative, alors assurez-vous que votre comptabilité soit irréprochable.

Ce qui m’intéresse toujours – et ce qui devrait vous intéresser aussi – ce sont les exceptions. Les pièges. Les mécanismes alternatifs que l’administration peut vous imposer sans prévenir si vous n’avez pas fait vos devoirs.

La règle des 2% : une surtaxe déguisée

Voici où ça devient intéressant. Si 2% des revenus listés à l’article 8 du code fiscal (hors transferts et reversements de charges) dépasse 25% du bénéfice net imposable, alors c’est le taux de 2% qui s’applique à la place des 25%.

Attendez. Relisez ça.

En d’autres termes, si votre structure est très capitalistique ou que vos marges sont faibles, l’administration peut basculer vers un impôt minimum basé sur le chiffre d’affaires plutôt que sur le profit. C’est une forme d’impôt minimum alternatif. Vous pouvez faire zéro bénéfice – voire des pertes – et quand même payer 2% de certains revenus bruts.

C’est brutal. Mais c’est logique du point de vue de l’État : ils veulent leur part, que vous soyez rentable ou non. Cette règle vise surtout les entreprises qui pratiquent l’érosion de la base imposable via des prix de transfert agressifs ou des charges excessives.

Type de taxation Taux Condition d’application
Impôt standard sur les sociétés 25% Appliqué sur le bénéfice net imposable
Impôt minimum alternatif 2% Si 2% des revenus (art. 8) > 25% du bénéfice net

La retenue à la source sur les succursales : 10% supplémentaires

Si vous êtes une société étrangère opérant en Mauritanie via une succursale, préparez-vous à une ponction supplémentaire. Une fois que vous avez payé vos 25% (ou 2%) d’impôt sur les bénéfices, il y a une retenue à la source de 10% sur le bénéfice après impôt avant rapatriement.

Concrètement, voici ce que ça donne :

  1. Vous générez 100 000 MRU (environ 2 500 $) de bénéfice imposable.
  2. Vous payez 25 000 MRU (625 $) d’impôt sur les sociétés.
  3. Il vous reste 75 000 MRU (1 875 $).
  4. Vous voulez rapatrier ces bénéfices vers votre maison-mère à l’étranger ?
  5. L’État mauritanien prélève 10% sur ces 75 000 MRU, soit 7 500 MRU (187,50 $).
  6. Vous rapatriez finalement 67 500 MRU (1 687,50 $).

Taux effectif global pour une succursale : 32,5%. Pas terrible.

C’est pour ça que la structuration juridique compte énormément. Une filiale locale (société de droit mauritanien) ne subit pas cette retenue à la source de 10% de la même manière. Vous pourriez rapatrier les bénéfices via des dividendes, qui peuvent bénéficier de conventions fiscales bilatérales si elles existent.

Conventions fiscales : votre meilleure arme

La Mauritanie a signé quelques conventions de double imposition, notamment avec des pays arabes et africains. Si votre juridiction d’origine a un traité avec Nouakchott, vous pourriez réduire ou éliminer cette retenue à la source de 10%.

Vérifiez toujours l’existence d’une convention avant de structurer votre présence. Je ne peux pas insister assez là-dessus. Une convention bien utilisée peut vous économiser des dizaines de milliers de dollars annuellement.

Zones franches et incitations : le silence révélateur

La Mauritanie dispose de quelques zones économiques spéciales et offre théoriquement des incitations fiscales pour certains secteurs (pêche, mines, énergie). Mais les informations publiques sont rares. L’opacité administrative est un problème chronique.

Si vous envisagez un projet conséquent, vous devrez négocier directement avec le ministère des Finances ou l’agence de promotion des investissements. Les exonérations temporaires d’IS existent, mais elles sont discrétionnaires et rarement publiées dans des textes accessibles en ligne.

C’est frustrant. Mais c’est la réalité de nombreux pays en développement : le droit écrit est une chose, la pratique administrative en est une autre.

Quelques pièges à éviter

Prix de transfert : Les autorités mauritaniennes sont de plus en plus sensibilisées aux questions de prix de transfert, surtout dans les secteurs extractifs. Si vous facturez vos services ou vos produits entre entités liées, attendez-vous à devoir justifier vos prix. Documentez tout.

Sous-capitalisation : Même si les règles ne sont pas aussi sophistiquées qu’en Europe, financer une filiale mauritanienne principalement par dette intra-groupe pour déduire des intérêts excessifs pourrait attirer l’attention. Gardez un ratio dette/capitaux propres raisonnable.

Retards de paiement : Les pénalités pour retard ou défaut de déclaration peuvent être sévères. Le système bancaire mauritanien est lent, la bureaucratie aussi. Anticipez vos obligations fiscales avec au moins deux mois d’avance.

Mauritanie : pour qui ?

Soyons clairs. Vous ne venez pas en Mauritanie pour optimiser votre fiscalité. Vous y venez parce qu’il y a une opportunité business spécifique : ressources naturelles, contrats gouvernementaux, positionnement régional.

Le taux de 25% est dans la moyenne africaine. La retenue à la source de 10% pour les succursales est pénalisante mais contournable via une structuration adaptée. L’impôt minimum de 2% est un piège pour les structures mal préparées.

Si vous devez opérer là-bas, voici mes recommandations :

  • Privilégiez la filiale locale à la succursale si vous comptez rapatrier régulièrement des bénéfices.
  • Explorez les conventions fiscales bilatérales avant toute chose.
  • Engagez un cabinet comptable local qui connaît les rouages de l’administration – pas un cabinet international qui vous enverra un junior sans expérience terrain.
  • Documentez rigoureusement vos opérations intra-groupe.
  • Prévoyez des liquidités suffisantes pour absorber l’impôt minimum de 2% même en cas de pertes.

Ce que vous devez retenir

La Mauritanie applique un impôt sur les sociétés de 25% avec deux mécanismes punitifs : un impôt minimum alternatif de 2% sur certains revenus bruts si vos marges sont faibles, et une retenue à la source de 10% sur les bénéfices rapatriés par les succursales.

Ce n’est ni le pire ni le meilleur régime fiscal africain. C’est un système pragmatique conçu pour éviter l’évasion tout en restant attractif pour les investisseurs sérieux. Mais l’opacité administrative reste un défi majeur.

Je continue de suivre les évolutions législatives mauritaniennes. Si vous disposez de documentation officielle récente ou d’expériences concrètes avec l’administration fiscale locale, n’hésitez pas à me contacter ou à revenir consulter cette page – je mets régulièrement à jour ma base de données.

En attendant, structurez intelligemment, documentez tout, et ne sous-estimez jamais la capacité d’un État à changer les règles en cours de partie.

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