Abus de biens sociaux en Mauritanie : ce qu’il faut savoir (2026)

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Dernière vérification manuelle : 06 février 2026 · En savoir plus →

La Mauritanie n’est pas le premier pays qui vient à l’esprit quand on parle de juridictions entrepreneuriales attractives. Et pour cause. Le cadre juridique mauritanien, héritier d’un mélange de droit français et de traditions locales, réserve quelques surprises désagréables à ceux qui pensent pouvoir jongler librement avec les actifs de leur société. Je vais être direct : si vous contrôlez une SARL ou une SA en Mauritanie, même en tant qu’associé unique, vous êtes dans le viseur du Code de Commerce.

L’abus de biens sociaux (ABS) n’est pas une simple formalité administrative ici. C’est un délit pénal.

Ce que la loi mauritanienne considère comme un crime

Le Code de Commerce mauritanien, via la Loi n°2000-005 du 18 janvier 2000, est sans appel. L’article 825 vise les SARL. L’article 889 cible les SA. Tous deux criminalisent l’usage des biens, du crédit, des pouvoirs ou des voix de la société à des fins personnelles. Contrairement à ce qu’on pourrait penser dans d’autres juridictions plus laxistes, le fait d’être l’unique actionnaire ne vous protège en rien.

Pourquoi ?

Parce que la société, même unipersonnelle, est une entité juridique distincte. Elle possède son propre patrimoine. Le législateur mauritanien considère que détourner ce patrimoine, même si vous en êtes l’unique bénéficiaire économique, constitue une atteinte à l’intégrité de la personne morale. Mais ce n’est pas tout. La loi protège aussi les créanciers potentiels. Même si votre société est solvable aujourd’hui, utiliser ses actifs pour votre bénéfice personnel peut affaiblir sa capacité future à honorer ses engagements.

Les deux conditions qui vous exposent

Pour qu’il y ait infraction, deux éléments doivent être réunis :

1. La mauvaise foi

Vous devez avoir agi en connaissance de cause. L’erreur comptable involontaire ne suffit pas. Mais attention : la mauvaise foi se présume facilement dès qu’il y a usage personnel d’actifs sociaux sans contrepartie équitable. Si vous vous versez un salaire démesuré, si vous financez votre voiture personnelle sur le compte de la société sans justification commerciale, ou si vous utilisez les fonds pour rembourser vos dettes privées, la mauvaise foi sera difficile à contester.

2. Un acte contraire à l’intérêt social

L’usage doit nuire à la société ou ne servir aucun intérêt commercial légitime. Peu importe que la société ait subi un préjudice financier immédiat. C’est le principe même du détournement qui est sanctionné. Vous pouvez être poursuivi même si la trésorerie reste positive. Même si vous remboursez plus tard. Le mal est fait aux yeux du droit mauritanien.

Qui peut vous poursuivre ?

Là, les choses deviennent intéressantes. Et dangereuses.

Dans une SARL classique, tout associé minoritaire peut déclencher une action en justice. C’est leur droit le plus strict. Ils peuvent même agir en leur nom personnel si la société refuse de le faire. Dans une SA, le conseil d’administration ou l’assemblée générale peut initier des poursuites. Mais ce n’est pas tout. Le parquet peut se saisir d’office. Oui, vous avez bien lu. Le procureur mauritanien peut poursuivre pénalement sans plainte préalable s’il estime que l’infraction porte atteinte à l’ordre public économique.

Les créanciers aussi ont leur mot à dire. Si la société est en difficulté ou en liquidation, un créancier lésé peut initier une action en responsabilité et demander des comptes. Personnellement, je trouve ce système particulièrement pernicieux pour l’entrepreneur solo qui pensait structurer ses affaires via une société unipersonnelle.

Les sanctions : rien de symbolique

Le Code de Commerce mauritanien ne rigole pas. Les peines encourues incluent :

  • Emprisonnement : jusqu’à 5 ans.
  • Amendes substantielles, calculées en fonction de la gravité du détournement.
  • Interdiction de gérer une société, temporaire ou définitive.
  • Responsabilité civile : remboursement intégral des sommes détournées, plus dommages et intérêts.

Vous voyez où je veux en venir. Ce n’est pas un risque fiscal qu’on peut provisionner ou négocier. C’est un risque pénal. Casier judiciaire. Prison. Ruine financière. Le tout dans un système judiciaire mauritanien dont la prévisibilité, soyons honnêtes, n’est pas la qualité première.

La SARL unipersonnelle : un piège qui se referme

Beaucoup d’entrepreneurs pensent qu’une SARL unipersonnelle leur offre la liberté de faire ce qu’ils veulent. Erreur. En Mauritanie, cette structure ne vous protège en rien contre l’accusation d’abus de biens sociaux. La jurisprudence, bien que limitée publiquement, suit la doctrine selon laquelle la personnalité morale doit être respectée même quand elle ne sert qu’une seule personne physique.

Imaginez : vous créez votre SARL, vous êtes le seul maître à bord. Vous utilisez le compte professionnel pour payer votre loyer personnel. Vous financez les vacances familiales avec la carte bancaire de la société. Techniquement, vous vous volez vous-même. Mais légalement, vous commettez un délit. Et si un jour un créancier, un partenaire mécontent, ou même l’administration fiscale décide de creuser, vous êtes exposé.

Ce qu’il faut éviter absolument

Je ne suis pas là pour moraliser. Je m’en fiche de savoir si vous trouvez ces règles justes ou non. Mon job, c’est de vous aider à éviter les ennuis. Voici ce qui déclenche systématiquement des poursuites :

  • Prélèvements personnels non documentés : Pas de facture, pas de justificatif, pas de délibération ? Vous êtes cuit.
  • Salaires ou rémunérations excessives : Se verser un salaire hors marché alors que la société peine à payer ses fournisseurs ? Mauvaise idée.
  • Prêts à soi-même sans intérêt ni formalisme : Emprunter à sa propre société sans contrat écrit, sans intérêt de marché, sans remboursement planifié ? Infraction caractérisée.
  • Utilisation d’actifs sociaux (véhicules, immobilier, matériel) à des fins privées : Sans convention d’utilisation ou contrepartie financière, c’est du détournement pur et simple.
  • Paiement de dettes personnelles avec les fonds sociaux : Même si vous comptez rembourser. Même si la société est bénéficiaire. C’est interdit.

Comment s’en sortir sans risque (ou presque)

La transparence est votre seule amie. Documentez tout. Formalisez tout. Si vous devez vous verser un salaire, faites-le via un contrat de travail ou un mandat social rémunéré, approuvé par les organes compétents (même si vous êtes seul). Si vous utilisez un bien de la société, établissez une convention écrite avec un loyer ou une redevance au prix du marché. Si vous avez besoin de liquidités, empruntez formellement à la société avec un taux d’intérêt conforme au marché et un échéancier de remboursement.

Et surtout : tenez une comptabilité irréprochable. En Mauritanie, face à un juge, c’est votre meilleur bouclier. Pas parfait, mais c’est tout ce que vous avez.

Mon point de vue personnel

La Mauritanie applique une conception rigide de la personnalité morale qui, franchement, décourage l’entrepreneuriat individuel. Criminaliser l’usage d’actifs d’une société unipersonnelle par son unique propriétaire, c’est pousser la fiction juridique à l’extrême. Mais c’est la loi. Et tant que vous opérez sur ce territoire, vous y êtes soumis.

Si votre activité vous expose à des flux financiers complexes, si vous avez besoin de flexibilité patrimoniale, la Mauritanie n’est probablement pas la juridiction idéale. Il existe des structures offshore ou des juridictions à responsabilité limitée réelle où la distinction entre patrimoine personnel et professionnel est gérée avec plus de pragmatisme. Mais si vous devez opérer en Mauritanie pour des raisons commerciales, alors jouez selon les règles. Ou partez.

Je suis constamment en train d’auditer ces juridictions. Si vous avez des documents officiels récents, des jugements, ou des circulaires administratives concernant l’application concrète de ces articles, n’hésitez pas à me contacter ou à revenir consulter cette page. Ma base de données évolue régulièrement.

En attendant, protégez-vous. Structurez. Documentez. Et si possible, diversifiez vos juridictions.

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