Le Honduras n’est pas exactement la première destination qui vient en tête quand on pense optimisation fiscale. Pourtant, ce pays d’Amérique centrale offre une structure légale intéressante pour ceux qui veulent opérer en tant qu’indépendant sans créer une société formelle : le statut de Comerciante Individual (Commerçant Individuel ou Personne Physique). Et mieux encore, il existe un régime simplifié qui peut vous exempter de certaines obligations fiscales si votre chiffre d’affaires reste modeste.
Je vais vous expliquer comment fonctionne ce statut, qui peut en bénéficier, et surtout, les chiffres concrets qui déterminent si cette option a du sens pour vous au Honduras.
Qu’est-ce qu’un Comerciante Individual au Honduras ?
C’est simple. Vous opérez sous votre nom propre. Pas de société intermédiaire, pas d’entité juridique distincte. Vous êtes votre entreprise. L’administration fiscale hondurienne (le SAR, Servicio de Administración de Rentas) vous considère comme une personne physique exerçant une activité commerciale.
Contrairement à ce qu’on trouve dans certains pays où le statut d’indépendant est un parcours administratif kafkaïen, le Honduras a mis en place un Régime Simplifié de la Taxe sur les Ventes (Régimen Simplificado del ISV) qui facilite la vie des petits commerçants.
Ce régime cible ceux qui ne dépassent pas un certain seuil de revenus annuels.
Le seuil magique : 250 000 lempiras
Voici la donnée clé.
Si votre chiffre d’affaires annuel reste en dessous de 250 000 lempiras honduriens (HNL), vous êtes éligible au régime simplifié. Cela représente environ 10 080 USD par an (au taux de change actuel). Oui, ce n’est pas énorme.
Mais attendez. L’avantage principal ? Vous êtes exempté de collecter et de reverser la taxe sur les ventes (ISV) de 15 %. Pas de TVA à gérer, pas de déclarations mensuelles complexes. Pour quelqu’un qui lance une petite activité de freelance, de commerce local ou de services, c’est un vrai soulagement administratif.
| Critère | Détail |
|---|---|
| Plafond de chiffre d’affaires | L 250 000 ($10 080) |
| Taxe sur les ventes (ISV) | Exempté dans le régime simplifié |
| Taux ISV standard | 15 % |
Si vous dépassez ce seuil, vous basculez automatiquement dans le régime général. Là, vous devrez facturer la TVA à vos clients et la reverser mensuellement. Ce n’est pas insurmontable, mais ça ajoute une couche de paperasse.
L’impôt sur le revenu : progressif et (relativement) clément
Passons à l’autre versant : l’impôt sur le revenu (ISR, Impuesto Sobre la Renta). Au Honduras, il est progressif. Les taux vont de 0 % à 25 %, selon vos revenus nets.
Et ici, il y a une très bonne nouvelle.
Pour l’année fiscale 2024, les premiers 209 369,62 lempiras (environ 8 440 USD) de revenus nets annuels sont totalement exonérés d’impôt. En 2025, ce seuil est passé à 217 493,16 lempiras (environ 8 770 USD). Cette exemption progresse chaque année, indexée sur l’inflation.
En plus, vous pouvez déduire jusqu’à 40 000 lempiras (environ 1 615 USD) de frais médicaux.
| Année | Seuil d’exonération ISR (HNL) | Équivalent (USD) |
|---|---|---|
| 2024 | L 209 369,62 | $8 440 |
| 2025 | L 217 493,16 | $8 770 |
Concrètement ? Si vous gagnez moins de 8 770 USD nets par an (2025), vous ne payez aucun impôt sur le revenu. Zéro. C’est une des tranches les plus généreuses que j’ai vues en Amérique centrale pour les petits revenus.
Au-delà, les taux montent progressivement jusqu’à 25 % pour les hauts revenus. Mais si vous restez dans le bas de la fourchette, la pression fiscale reste très contenue.
Et la sécurité sociale ?
Voici un autre point crucial.
Au Honduras, les travailleurs indépendants ne sont pas obligés de cotiser à la sécurité sociale (IHSS, Instituto Hondureño de Seguridad Social). C’est volontaire.
Dans beaucoup de pays, les charges sociales sont le vrai boulet fiscal de l’entrepreneur solo. Pas ici. Vous pouvez choisir de cotiser si vous voulez bénéficier de la couverture santé et retraite publique. Mais si vous avez votre propre système (assurance privée, épargne offshore), vous n’êtes pas forcé de financer un système public dont vous ne voulez pas.
C’est rare. Et c’est un vrai avantage pour ceux qui optimisent leur protection sociale en dehors des circuits étatiques.
Qui devrait envisager ce statut ?
Soyons clairs : le Honduras n’est pas un paradis fiscal au sens classique. Ce n’est pas les Îles Caïmans ou les Émirats. Mais pour certains profils, ce statut fait sens :
- Freelances numériques avec revenus modestes : Si vous gagnez moins de 10 000 USD par an et que vous cherchez une résidence fiscale à faible coût en Amérique centrale, c’est jouable.
- Commerçants locaux : Vendeurs ambulants, petits commerces, artisans. Le régime simplifié évite la bureaucratie de la TVA.
- Entrepreneurs testant un marché : Vous lancez une activité et ne savez pas si ça va marcher. Pas besoin de créer une société tout de suite.
Par contre, si vos revenus dépassent rapidement les seuils, vous allez vite buter sur les limites. Au-delà de 10 080 USD de chiffre d’affaires, le régime simplifié disparaît. Et au-delà de 8 770 USD de revenus nets, vous commencez à payer de l’impôt.
Les pièges à éviter
Ne sous-estimez jamais la complexité administrative d’un pays en développement. Le Honduras a fait des efforts pour simplifier, mais il reste des zones grises.
Enregistrement obligatoire : Même dans le régime simplifié, vous devez vous enregistrer auprès du SAR. Pas d’enregistrement, pas d’existence légale. Et pas d’existence légale signifie que vous opérez dans l’ombre, avec tous les risques que ça comporte (amendes, impossibilité d’ouvrir un compte bancaire professionnel, etc.).
Documentation : Gardez des traces de tout. Factures, reçus, preuves de paiement. Si vous êtes contrôlé (ça arrive rarement pour les petits, mais ça arrive), vous devez pouvoir justifier votre chiffre d’affaires et vos dépenses.
Changement de régime : Si vous dépassez le seuil de 250 000 lempiras, vous devez le signaler. Ne jouez pas avec les chiffres. L’administration fiscale hondurienne a des accords d’échange d’informations avec d’autres pays, et elle modernise ses systèmes.
Sources officielles
Toutes les informations fiscales sont disponibles sur le site du SAR (www.sar.gob.hn). Le ministère des Finances (SEFIN) publie également les textes consolidés des lois fiscales sur www.sefin.gob.hn.
Je vous recommande de consulter directement ces sources si vous envisagez sérieusement de vous installer. Les réglementations changent, et je mets à jour ma base de données régulièrement, mais rien ne remplace une vérification directe auprès de l’administration.
Mon verdict
Le statut de Comerciante Individual au Honduras, couplé au régime simplifié de la taxe sur les ventes, est une option viable pour les petits revenus. La combinaison d’un seuil d’exonération d’impôt sur le revenu relativement élevé (8 770 USD en 2025) et de l’absence d’obligation de collecter la TVA en dessous de 10 080 USD de chiffre d’affaires en fait un cadre léger.
Mais attention : ce n’est pas une solution miracle. Si vos revenus augmentent, vous allez vite sentir les limites du système. Et le Honduras reste un pays où la bureaucratie peut être imprévisible, malgré les efforts de modernisation.
Pour un nomade numérique cherchant une résidence fiscale bon marché en Amérique centrale, ou pour un entrepreneur local avec une petite activité, c’est une piste à explorer. Pour quelqu’un qui génère des revenus importants ou qui cherche une véritable optimisation offshore, il y a de meilleures options ailleurs.
Comme toujours, évaluez vos besoins réels, vos volumes de revenus, et votre tolérance au risque administratif. Le Honduras ne vous arnaquera pas fiscalement si vous restez dans les clous. Mais il ne vous offrira pas non plus l’anonymat ou la protection offshore d’autres juridictions.