Abus de biens sociaux en Grèce : ce qu’il faut savoir (2026)

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Dernière vérification manuelle : 06 février 2026 · En savoir plus →

Je vais être direct avec vous : la Grèce n’est pas le pays où l’on va criminaliser facilement un entrepreneur solo qui mélange ses dépenses personnelles avec celles de sa société. Mais attention. Ce n’est pas une carte blanche.

Si vous êtes l’unique actionnaire et administrateur de votre société grecque, vous vous demandez peut-être ce qui se passe si vous utilisez le compte bancaire de l’entreprise pour payer votre loyer, vos vacances ou votre nouvelle voiture. La réponse courte ? Vous risquez surtout des ennuis civils. La réponse longue ? Ça dépend de votre situation financière et de votre relation avec les créanciers.

Le cadre légal grec : entre théorie pénale et réalité pratique

Le Code pénal grec prévoit deux infractions qui pourraient théoriquement s’appliquer : l’abus de confiance (Article 390) et le détournement de fonds (Article 375). Sur le papier, ça fait peur. Dans la pratique ? C’est une autre histoire.

Pourquoi ?

Parce que ces crimes exigent un élément crucial : l’intention de causer un dommage à « autrui » ou l’appropriation « illicite » de biens. Quand vous êtes le seul actionnaire, difficile de prouver que vous volez… vous-même. Votre consentement implicite annule généralement le caractère illicite de l’acte. Tant que l’entreprise reste solvable et qu’aucun tiers (créancier, État) n’est lésé, les procureurs grecs ne vont pas perdre leur temps avec votre cas.

La loi 5090/2024 : un durcissement en trompe-l’œil

Depuis juillet 2024, la Grèce a rétabli la poursuite d’office pour les crimes contre la propriété qualifiés de délits graves dépassant €120 000 (environ $129 600). Ça semble inquiétant. Mais pour une société unipersonnelle sans plainte de créanciers ou sans fraude fiscale avérée, cette disposition reste largement théorique.

Je traduis : si vous détournez €150 000 de votre propre société et que personne ne se plaint, le ministère public grec a techniquement le pouvoir d’agir d’office. Mais sans victime identifiable, sans insolvabilité, sans frauder le fisc, les chances qu’une enquête soit ouverte restent faibles. Très faibles.

Le vrai danger : le « piercing du voile corporatif »

Oubliez le pénal un instant. Le vrai risque se cache dans le droit civil grec. Si vous mélangez systématiquement vos comptes personnels et professionnels, un tribunal peut décider de « percer le voile corporatif ». Traduction : votre responsabilité limitée disparaît. Vos créanciers peuvent saisir vos biens personnels pour payer les dettes de la société.

C’est là que ça devient sérieux.

Imaginez que votre société accumule des dettes envers des fournisseurs ou l’administration fiscale grecque. Si ces créanciers prouvent que vous avez traité l’entreprise comme un simple prolongement de votre portefeuille personnel, ils peuvent obtenir un jugement contre vous personnellement. Votre appartement, votre voiture, vos comptes bancaires : tout devient saisissable.

Quand l’abus devient criminel : les exceptions

Il existe toutefois des situations où le mélange d’actifs peut déclencher des poursuites pénales, même pour un actionnaire unique :

1. La fraude fiscale

Si vous utilisez les fonds de la société pour des dépenses personnelles sans les déclarer comme distributions ou salaires, vous fraudez le fisc grec. L’évasion fiscale intentionnelle est criminelle en Grèce, et les autorités sont beaucoup plus motivées pour poursuivre ce type d’infraction. Les amendes peuvent être lourdes, et les peines de prison existent.

2. La fraude aux créanciers

Vous savez que votre société est insolvable. Mais vous videz quand même les comptes pour acheter un bateau au nom de votre conjoint. Là, vous franchissez une ligne rouge. C’est une fraude délibérée aux créanciers, et le Code pénal grec peut s’appliquer pleinement. Le procureur n’a même pas besoin d’une plainte si le montant dépasse le seuil de €120 000.

3. Les sociétés avec plusieurs actionnaires ou administrateurs

Si vous n’êtes pas seul dans la structure, tout change. Utiliser les fonds de la société sans l’accord explicite des autres actionnaires ? C’est de l’abus de confiance classique. L’Article 390 s’applique sans ambiguïté. Les autres actionnaires sont des tiers lésés, et ils ont tout intérêt à porter plainte.

Les précautions pragmatiques

Je ne suis pas là pour vous dire de ne jamais utiliser les actifs de votre société. Je suis réaliste. Mais voici comment minimiser les risques :

  • Documentez tout. Chaque transfert personnel doit être enregistré comme un prêt à l’actionnaire, un salaire ou une distribution de dividendes. Pas de « petites dépenses » non comptabilisées.
  • Maintenez des comptes bancaires séparés. Ne payez jamais vos courses personnelles avec la carte de la société. C’est la base.
  • Émettez des factures internes. Si vous utilisez un bien de la société (voiture, bureau), établissez une facturation interne ou un accord de mise à disposition. Ça montre une séparation claire.
  • Assurez la solvabilité. Tant que votre société peut payer ses dettes, personne ne viendra chercher la petite bête. Dès que l’insolvabilité pointe, arrêtez tout transfert personnel immédiatement.
  • Déclarez vos avantages. Si vous prenez des fonds, déclarez-les correctement aux autorités fiscales grecques. Payez vos impôts personnels dessus. Oui, c’est ennuyeux. Non, ce n’est pas optionnel.

Pourquoi cette clémence relative ?

La Grèce a une longue tradition de petites entreprises familiales où les frontières entre patrimoine personnel et professionnel sont floues. Le législateur grec sait que criminaliser systématiquement ces pratiques paralyserait l’économie. Résultat : tant que vous ne fraudez pas massivement le fisc ou les créanciers, vous restez dans une zone grise tolérée.

Mais cette tolérance n’est pas une protection. C’est une chance à ne pas gaspiller.

La stratégie pour 2026 et au-delà

Si vous opérez une société unipersonnelle en Grèce, traitez-la comme une entité distincte. Pas pour la morale ou les principes, mais pour votre propre protection. Le jour où un créancier débarque, le jour où l’administration fiscale audite vos comptes, vous voudrez avoir une comptabilité irréprochable.

La responsabilité limitée est un privilège, pas un droit naturel. L’État grec vous l’accorde en échange d’une séparation claire des patrimoines. Respectez cette fiction juridique, et elle vous protégera. Ignorez-la, et elle s’effondrera au pire moment.

Dernier conseil : si vous prévoyez des opérations à risque ou des montants importants, consultez un avocat fiscal grec avant d’agir. Les Articles 390 et 375 du Code pénal restent dans l’arsenal du procureur, et la loi 5090/2024 lui donne plus de latitude qu’avant. Ne jouez pas avec votre liberté pour économiser quelques heures de conseil juridique.

Je mets à jour mes analyses régulièrement en fonction des évolutions législatives et jurisprudentielles. Si vous détenez des décisions de justice récentes ou des circulaires officielles sur ce sujet en Grèce, n’hésitez pas à me contacter ou à vérifier cette page dans quelques mois. Les détails comptent, surtout quand votre patrimoine personnel est en jeu.

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